to the end of love
A partir d’un moment, j’ai cessé de faire des sciences. C’est fascinant de passer à autre chose : on a à la fois la sensation de ne plus rien apprendre, ou d’apprendre lentement, ou de ne recevoir que de la culture générale, et en même temps on oublie très vite qu’on n’a jamais appris de cette façon. On apprend soudainement à apprendre comme on le fait en lisant les journaux, en écoutant la radio ou en papillonnant sur la toile jusqu’à tomber sur des articles de gastronomie ouzbek. On apprend soudainement que ce qui n’était que du loisir jusque là, du bonus de fin de journée, allongé sur le lit avec le bruit de l’eau du thé qui chauffe, c’est aussi apprendre.
J’ai cessé de pratiquer le langage des physiciens tout naturellement, comme on oublie une langue qu’on apprend depuis pourtant longtemps. J’ai quitté la pensée scientifique dans la vie de tous les jours qui me donnait un peu le sentiment d’être exceptionnel. J’ai cessé de penser immédiatement à Rayleigh-Benard en touillant mon café, au développement dyadique de Cantor en allumant mon ordinateur, et à mes vieux schémas d’électricité quand les plombs sautent.
Ça m’effraie alors je cherche un refuge.